Quelques semaines plus tard, nous décidons de nous installer à Banon dans les Alpes de Haute-Provence, là où a commencé notre histoire. Nous tombons sous le charme d’une bergerie en pierres à rénover. Catherine est ravie de nous confectionner un nid sur mesure.

L’endroit est calme, la vue superbe et l’air est pur. Un lieu parfait pour faire le vide dans ma tête et construire notre avenir. J’ai 65 ans, je suis amoureux et je savoure ces moments de plénitude. Le bonheur, état d’esprit subjectif, me semble être l’équilibre réussi entre famille, santé et vie professionnelle. Quand j’étais Président, j’ai poussé le curseur professionnel à fond au détriment de ma famille et de ma santé. J’ai été, à certains moments, grisé par le pouvoir et des tonnes de flagorneries. L’argent facile et les plaisirs éphémères, drogues universelles, masquent insidieusement le bonheur.

Une nouvelle jeunesse s’offre à moi et je la saisis avec l’énergie d’un miraculé. Mais la vie réelle n’est pas toujours aussi sereine, même dans un village isolé.

Cette nuit du mois d’août est étouffante. Réveillé en pleine nuit, je me lève et contemple le ciel étoilé par les fenêtres grandes ouvertes de la chambre. Un tourbillon provoque le frémissement des feuilles au sommet des grands arbres, annonciateur d’un prochain trouble.

Le vrombissement d’un hélico devient audible, étrangement proche et lointain. Soudain, le martèlement saccadé et assourdissant des pales déchire la nuit. Le dragon rageur rase la cime du tilleul centenaire et s’éloigne. Que fait cet engin à trois heures du matin et pourquoi vole-t-il si bas ?

Un incendie ? On verrait des flammes, de la lumière, on entendrait des cris. Probablement autre chose, probablement qu’on ne le saura jamais. Un chien aboie, d’autres lui répondent. Le bouddha sur l’étagère me lance un regard menaçant. Le monstre rôde pendant 20 minutes, jouant à cache-cache aux quatre coins du ciel.

Le lendemain matin, je me rends au village.

A la boulangerie, les gens chuchotent. Une bande d’une dizaine de malfaisants aurait été encerclée et exterminée par des tireurs d’élite embarqués dans des hélicos. Quelques individus se seraient échappés et auraient retenu en otage un fermier et sa famille. Comme d’habitude, aucune information officielle ne sera communiquée.

En sortant de la boulangerie, les rues me semblent un peu plus désertes et les gens un peu plus pressés, le regard fuyant, la tête basse.

C’est devenu un réflexe naturel, on baisse les yeux devant l’inconnu. Lever les yeux sur un passant ou sur son vis-à-vis dans un transport en commun pourrait être perçu comme une provocation. Mieux vaut ne prendre aucun risque, d’autant plus qu’une rumeur circule avec insistance. Les autorités feraient appel à des mouchards, des indicateurs locaux payés pour surveiller et dénoncer toute anomalie observée.

 

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